La Vierge de Le Breuil

LA VIERGE DE LE BREUIL

 

La marieL’église possédait depuis le 16ème siècle une statue de la Vierge et l’Enfant placé sur un piédestal, scellé au mur au moyen d’une barre de fer.

Cette statue en marbre blanc, connue sous le nom de la Vierge de Breuil, fut vendue en 1875 par l’abbé Cordelat, curé de Le Breuil, et le Conseil de fabrique (1) pour la somme de 600 Francs à M. Gaston de Salverte, riche amateur de Mareuil en Brie.

Cette vente fit grand bruit dans la presse départementale, mais également dans la presse parisienne (article paru dans la  » République Française  » alors dirigée par Léon Gambetta).

Louis Courajod, futur conservateur du Musée du Louvre qui examina la statue, n’hésita pas à déclarer qu’elle avait été réalisée par un grand artiste. Les experts lui attribuèrent alors une grande valeur : on parla de 10 000 Francs.

Le conseil municipal en revendiqua la propriété et demanda à poursuivre le Curé devant les tribunaux. M. Gaston de Salverte obtint contre le Conseil Municipal un procès qu’il perdit en instance (Jugement du 1er juin 1877 par le Tribunal Civil d’Epernay), puis en appel (Jugement du 13 mars 1880 de la Cour d’Appel de Paris).

M. Merlay, au nom de Monsieur de Salverte tenta alors de racheter la statue à la commune de Le Breuil. Le conseil municipal demandant la somme de 8 000 Francs, M. Merlay n’en proposant que 4 000, le conseil municipal refusa cette proposition et demanda alors une expertise pour en estimer le prix.

Par décision du 6 mars 1883, le ministre de l’instruction publique et des beaux arts, Jules Ferry, décide de procéder à la réintégration de la statue de la Vierge, ce qui fut fait le 13 avril 1883. Les frais occasionnés par cette affaire s’élevant à 1 327 Francs, le Conseil Municipal demanda alors au ministre d’aliéner la statue pour les collections de l’état.

Le 10 mai 1883, le directeur des beaux arts en offre 4 000 Francs et la statue sera finalement vendue après que le ministre ait donné son autorisation le 30 octobre 1883.

Par décret du 9 février 1887 signé par le Président de la République Jules Grévy, la statue de la Vierge est confiée au musée de Cluny.
(Synthèse d’un article paru dans un numéro d’Entre Nous de 1973)

En 1962, sous l’impulsion d’André Malraux, les collections du musée de Cluny sont scindées en deux parties, l’une correspondant à la période antiquité tardive et moyen âge, et l’autre consacrée à la Renaissance.

L’ouverture du Musée national de la Renaissance, au Château d’Ecouen (dans l’actuel département du Val d’Oise) date de 1977. C’est donc à ce moment là que la Vierge de Le Breuil y fut transférée.

Elle y est actuellement exposée au rez de chaussée en salle des sculptures.
La statue de la Vierge de Le Breuil mesure environ 85 cm de hauteur. La vierge tient l’enfant dont le dos est appuyé dans le repli de son bras. Elle est vêtue à la façon des femmes appartenant à la noblesse du 16ème siècle, d’un bustier effaçant la poitrine, d’une robe de dessus et d’une robe de dessous, plus longue que la précédente, très élargie à la taille et tombant jusqu’au sol. Contrairement aux vêtements ornés de broderies de la Renaissance, le tissu est sobre. Elle porte un foulard noué autour du cou de façon à masquer le décolleté carré des bustiers de l’époque. Au niveau des poignets, nous pouvons voir des bombardes qui sont des volants retombant sur les mains. On peut apercevoir les pointes de ses chaussures à bouts ronds conformément à la mode florentine de cette époque (fortes influences de la mode italienne suite aux campagnes guerrières de Louis XII et de François 1er). Les robes sont ceinturées par un ruban. La Vierge est couverte d’une coiffe portée en arrière. Elle est également revêtue d’un manteau aux larges et sobres lignes qui contrastent avec les plis cassés des robes. L’enfant est soutenu par son bras gauche tandis qu’elle tient dans sa main droite un chapelet et un objet qui ressemble à un éventail. L’enfant, quant à lui, est vêtu d’un manteau ouvert sur le devant qui laisse apparaître sa nudité potelée. Son cou est orné d’un collier de perles où est attaché un grelot.

Copie de la notice du musée d’Ecouen :
La Vierge et l’Enfant (1520-1540) (référencée aux musées nationaux Ecouen Cluny sous le n° ECL 11662) en marbre est à rapprocher d’un atelier troyen actif au cours du deuxième quart du XVI ème siècle. On le reconnaît au choix de matériaux précieux, à ses visages ovales au front bombé, aux yeux légèrement bridés, aux longues mèches de cheveux ondulés. Provenant de l’église de Breuil sous Orbais (Marne) (2), ce joyau de la sculpture champenoise conserve quelques traces de dorure.

Le Breuil ne peut que s’enorgueillir d’avoir commandé une telle œuvre afin d’orner son église et qui témoigne en autres du sens artistique développé de nos ancêtres Breuillois.

Nous pouvons regretter que celle-ci ait quitté notre commune, sans pour cela blâmer le conseil municipal de l’époque qui a préféré la céder aux collections nationales plutôt que la vendre à une collection privée, ce qui nous permet de l’admirer aujourd’hui librement.

Je profite de cette occasion pour suggérer au conseil municipal actuel de relancer l’idée d’obtenir auprès du conservateur du musée d’Ecouen une copie de cette magnifique statue pour qu’enfin tous les habitants de la commune puissent admirer ce  » joyau de la sculpture champenoise  » sans pour cela faire le déplacement au musée d’Ecouen, musée fort beau par ailleurs, que je vous encourage à aller visiter.

  • (1) Conseil de fabrique : La fabrique au sein d’une communauté religieuse catholique désigne l’ensemble des personnes nommées pour assurer l’administration de fonds pour la construction et l’entretien des édifices religieux.
  • (2) Breuil sous Orbais : À la révolution, Orbais était chef-lieu de canton. Bien que Le Breuil soit déjà rattaché au canton de Dormans au moment de la vente, le nom Breuil sous Orbais subsistait encore à cette époque.

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