La fêtes des conscrits

Conscrits du Breuil

Origine de la fête : la conscription

L’armée de l’ancien régime est constituée par des professionnels nobles qui achètent leur charge pour les officiers et de vagabonds, de marginaux et de mercenaires pour les soldats.

La conscription prend naissance avec la loi  » Jourdan-Delbel  » du 5 septembre 1798, qui institue une nouvelle forme de recrutement avec la création de la conscription et du conseil de révision.
Ce système de recrutement oblige tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans à s’inscrire sur les registres communaux. Cependant tous les conscrits ne rejoignent pas l’armée car l’économie du pays a besoin de bras, et un contingent à lever est fixé chaque année par le pouvoir législatif. Les citoyens sont appelés, par tirage au sort, à servir cinq années.

Bonaparte pérennise la loi  » Jourdan  » tout en la détournant, car il fixe lui-même le contingent à lever, pratique des levées  » extraordinaires « , pour mener à bien des guerres incessantes, et rend la durée du service illimitée. Il ne s’agit plus d’une nation en armes, qui défend son territoire, mais d’une armée impériale conquérante. La conscription a permis à la France de tenir tête, seule pendant vingt ans, à l’Europe entière coalisée. Mais les levées annuelles pesaient de plus en plus sur la population. Il y a beaucoup de réfractaires. L’hostilité qu’elles provoquaient avait déjà été à l’origine du soulèvement vendéen (chouans).

La charte de 1814 de Louis XVIII, décida l’abolition totale de la conscription. Mais on s’aperçut rapidement que, malgré le désir qu’on en avait, le recrutement par le seul volontariat était insuffisant. Force était donc de trouver un compromis entre ce retour pur et simple à I’Ancien Régime et la conscription dont on ne voulait pas.

Un service long.

Louis XVIII convaincu de la supériorité de l’armée de métier sur l’armée de conscrits, inaugura, par la loi « Gouvion-Saint-Cyr » du 10 mars 1818, à peine revue par la loi « Soult », du 21 mars 1832, un système profondément original qui resta longtemps la base du recrutement. Le recrutement normal se faisait par engagements volontaires. Cependant afin de palier l’insuffisance de volontaires, il fut institué une conscription par tirage au sort avec un service long (sept ans) qui faisait des conscrits de véritables professionnels.

Le tirage au sort : tirer un mauvais numéro

Après qu’on eut réparti à chaque canton le nombre de conscrits qu’il devait fournir, les jeunes garçons d’une même classe (qui viennent d’avoir 20 ans), appartenant aux communes de ce canton sont réunis à la mairie du chef lieu . Dans une urne tricolore ils tiraient au sort un numéro, et par là même arrêtent leur destin sur le plan de la conscription.

C’est dans l’ordre de ces numéros qu’ils passaient devant le conseil de révision, qui jugeait de leur aptitude physique et des dispenses éventuelles. Le conseil de révision arrêtait son travail dès qu’il avait réuni un nombre de jeunes gens aptes au service correspondant à I’effectif préalablement défini. Ceux-ci constituaient les « mauvais numéros ». Les autres, ceux qui du fait du tirage n’avaient pas eu à se présenter devant le conseil, étaient à jamais, et même en temps de guerre, exempts de service armé ; c’étaient les  » bons numéros « .

Toutefois tous les mauvais numéros n’effectuaient pas le service militaire. Quand le budget ne permettait pas d’incorporer tous les mauvais numéros. On avait donc recours à des expédients: retarder l’incorporation d’une partie des hommes ou donner des congés illimités en fin de service (ce qui revenait à en raccourcir la durée). Le plus souvent, on laissait dans ses foyers une fraction du contingent, qui, bien que non instruite, constituait une réserve pouvant être appelée en cas de crise. Bien qu’il exista un service militaire on peut donc parler avec raison d’armée de métier.

Lorsque quelqu’un avait tiré un mauvais numéro, il pouvait fournir un « remplaçant » (cf. exemple) qui partirait à sa place. Les prix variaient en fonction de l’offre et de la demande, des risques de guerre, etc.

La transaction s’effectuant, soit d’individu à individu, soit par des intermédiaires spécialisées dans ce commerce qui se chargeaient alors pour un prix convenu de trouver eux-mêmes le remplaçant désiré. Il existait également des assurances, « tontine » pour un remplacement en cas de choix d’un mauvais numéro. Vingt pour cent environ des conscrits se faisaient ainsi remplacer.

Le remplacement fut aboli (sauf entre parents) par la loi du 26 avril 1855. Pour se libérer de ses obligations  » exonération « , il suffisait désormais de verser à l’Etat une somme forfaitaire (ce que coûtait auparavant un remplaçant, environ) variant chaque année et qui alimentait une caisse de dotation de l’armée. Celle-ci devait offrir des primes de rengagement et verser des pensions aux anciens militaires.

La loi Niel du 1 février 1868, supprime l’exonération et rétablit le remplacement et instaure une universalité, cinq années pour les mauvais numéros et six mois à un an pour les bons numéros. La défaite de Sedan en 1870 constitue un choc, car une nation qui a une armée, la France, est vaincue par une armée-nation, celle de la Prusse. L’efficacité de soldats quasi-professionnels s’effondre. S’opère alors un ralliement de la nation à l’obligation personnelle de servir la nation. L’armée doit être l’expression du patriotisme et l’outil de la  » revanche « . En 1872, une nouvelle loi décide de supprimer le remplacement.

Cette méthode de conscription par tirage au sort fut supprimée par la loi du 21 mars 1905, sous le gouvernement de  » Maurice Rouvier « , qui institue le service militaire obligatoire pour tous les citoyens mâles pour une durée de deux ans, porté à trois ans par la loi du 7 août 1913. Seuls les inaptes physiquement y échappent. C’est I’époque où être réformé constituait un déshonneur et une quasi certitude de finir vieux garçon:  » Bon pour le service, Bon pour les filles »…en août 1914, il n’y aura que 1,5% de réfractaires.

La fête

Aussi à Le Breuil, comme dans beaucoup de régions de France, les jeunes gens qui viennent d’avoir 20 ans, célèbrent-ils publiquement le dimanche précédant le redoutable tirage au sort. C’est l’arrivée dans le monde adulte, et pour oublier le sort du destin. Destin qui va soit les séparer pour une longue période, soit les obliger à acheter chèrement le remplacement (pour ceux qui peuvent payer) soit leur permettre une exemption pour problème physique sérieux (qui une fois reconnu, les rend victimes de la moquerie du village). Ils passent une journée et une nuit à boire, à chanter et à danser. Après 1905 et la fin du tirage au sort le rite perdurera.

La fête des conscrits a les aspects d’une fête civique et républicaine, elle fait référence aux trois couleurs, au tambour, au devoir du citoyen… C’est également une fête de l’émancipation qui par ses aspects satiriques et irrévérencieux rappelle le carnaval et son symbolisme. Les conscrits incarnent le passage de témoin entre les générations. Les jeunes deviennent adultes et endossent de nouvelles responsabilités. La défense du pays et donc du village, leur incombe. La fête est également synonyme de déracinement, puisque bientôt il faudra quitter le  » pays  » et parfois même partir aux colonies. Cette transmission de  » pouvoir  » s’accompagne comme nous l’avons vu de fortes traditions. Les jeunes reproduisent les rites des classes précédentes. Les attributs militaires (bérets, clairon, insignes, cahier de chansons) s’héritent. Boissons, chants, défilés… permettent d’exorciser les craintes et de donner du courage aux conscrits.

Les conscrits
Les conscrits
De gauche à droite:

Debleds, Hutin Pierre, Achille Gaugé, Fernand Martin, Maurice Moutardier, Marcel Toubart
Lucien Boutillier,X , Cyrille Rondeau (assis), Pierre Brocard, Lucien Hoyon, Julien Prud’homme.

Voir monument aux morts :

Gaugé Achille 1894

Hutin Pierre 1894

Les conscrits
De gauche à droite:

Pierre Brocard, Lucien Boutiller, Julien Prud’homme, Maurice Moutardier, X, Cyrille Rondeau

Les conscrits
De gauche à droite

Debleds dit pépé, Levavasseur dit Lacagna, Henri Pierron, Eugéne Lévêque, Henri Pillet, Julien Brocard, Octave Boutillier, André Moutardier, Omer Prud’homme, Camille Moutardier, Jacques, Marcel Henri, Léo Moutardier.

Voir monument aux morts:

André Moutardier né 1893

Omer Prud’homme 1892

Pillet Henri 1893

Henri Pierron 1893

Eugène Lévêque 1893

Les conscrits
De gauche à droite:

Levavasseur dit Lacagna, Socrate Chennebenoit, Marcel Henri, Debleds dit pépé, X, X, X Henri Pillet, Camille Moutardier, André Moutardier, Etienne Moreau, Henri Pierron.

Voir monument aux morts

Pillet Henri 1893

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