Posts in Category: Son histoire

La fêtes des conscrits

Conscrits du Breuil

Origine de la fête : la conscription

L’armée de l’ancien régime est constituée par des professionnels nobles qui achètent leur charge pour les officiers et de vagabonds, de marginaux et de mercenaires pour les soldats.

La conscription prend naissance avec la loi  » Jourdan-Delbel  » du 5 septembre 1798, qui institue une nouvelle forme de recrutement avec la création de la conscription et du conseil de révision.
Ce système de recrutement oblige tous les jeunes gens entre 20 et 25 ans à s’inscrire sur les registres communaux. Cependant tous les conscrits ne rejoignent pas l’armée car l’économie du pays a besoin de bras, et un contingent à lever est fixé chaque année par le pouvoir législatif. Les citoyens sont appelés, par tirage au sort, à servir cinq années.

Bonaparte pérennise la loi  » Jourdan  » tout en la détournant, car il fixe lui-même le contingent à lever, pratique des levées  » extraordinaires « , pour mener à bien des guerres incessantes, et rend la durée du service illimitée. Il ne s’agit plus d’une nation en armes, qui défend son territoire, mais d’une armée impériale conquérante. La conscription a permis à la France de tenir tête, seule pendant vingt ans, à l’Europe entière coalisée. Mais les levées annuelles pesaient de plus en plus sur la population. Il y a beaucoup de réfractaires. L’hostilité qu’elles provoquaient avait déjà été à l’origine du soulèvement vendéen (chouans).

La charte de 1814 de Louis XVIII, décida l’abolition totale de la conscription. Mais on s’aperçut rapidement que, malgré le désir qu’on en avait, le recrutement par le seul volontariat était insuffisant. Force était donc de trouver un compromis entre ce retour pur et simple à I’Ancien Régime et la conscription dont on ne voulait pas.

Un service long.

Louis XVIII convaincu de la supériorité de l’armée de métier sur l’armée de conscrits, inaugura, par la loi « Gouvion-Saint-Cyr » du 10 mars 1818, à peine revue par la loi « Soult », du 21 mars 1832, un système profondément original qui resta longtemps la base du recrutement. Le recrutement normal se faisait par engagements volontaires. Cependant afin de palier l’insuffisance de volontaires, il fut institué une conscription par tirage au sort avec un service long (sept ans) qui faisait des conscrits de véritables professionnels.

Le tirage au sort : tirer un mauvais numéro

Après qu’on eut réparti à chaque canton le nombre de conscrits qu’il devait fournir, les jeunes garçons d’une même classe (qui viennent d’avoir 20 ans), appartenant aux communes de ce canton sont réunis à la mairie du chef lieu . Dans une urne tricolore ils tiraient au sort un numéro, et par là même arrêtent leur destin sur le plan de la conscription.

C’est dans l’ordre de ces numéros qu’ils passaient devant le conseil de révision, qui jugeait de leur aptitude physique et des dispenses éventuelles. Le conseil de révision arrêtait son travail dès qu’il avait réuni un nombre de jeunes gens aptes au service correspondant à I’effectif préalablement défini. Ceux-ci constituaient les « mauvais numéros ». Les autres, ceux qui du fait du tirage n’avaient pas eu à se présenter devant le conseil, étaient à jamais, et même en temps de guerre, exempts de service armé ; c’étaient les  » bons numéros « .

Toutefois tous les mauvais numéros n’effectuaient pas le service militaire. Quand le budget ne permettait pas d’incorporer tous les mauvais numéros. On avait donc recours à des expédients: retarder l’incorporation d’une partie des hommes ou donner des congés illimités en fin de service (ce qui revenait à en raccourcir la durée). Le plus souvent, on laissait dans ses foyers une fraction du contingent, qui, bien que non instruite, constituait une réserve pouvant être appelée en cas de crise. Bien qu’il exista un service militaire on peut donc parler avec raison d’armée de métier.

Lorsque quelqu’un avait tiré un mauvais numéro, il pouvait fournir un « remplaçant » (cf. exemple) qui partirait à sa place. Les prix variaient en fonction de l’offre et de la demande, des risques de guerre, etc.

La transaction s’effectuant, soit d’individu à individu, soit par des intermédiaires spécialisées dans ce commerce qui se chargeaient alors pour un prix convenu de trouver eux-mêmes le remplaçant désiré. Il existait également des assurances, « tontine » pour un remplacement en cas de choix d’un mauvais numéro. Vingt pour cent environ des conscrits se faisaient ainsi remplacer.

Le remplacement fut aboli (sauf entre parents) par la loi du 26 avril 1855. Pour se libérer de ses obligations  » exonération « , il suffisait désormais de verser à l’Etat une somme forfaitaire (ce que coûtait auparavant un remplaçant, environ) variant chaque année et qui alimentait une caisse de dotation de l’armée. Celle-ci devait offrir des primes de rengagement et verser des pensions aux anciens militaires.

La loi Niel du 1 février 1868, supprime l’exonération et rétablit le remplacement et instaure une universalité, cinq années pour les mauvais numéros et six mois à un an pour les bons numéros. La défaite de Sedan en 1870 constitue un choc, car une nation qui a une armée, la France, est vaincue par une armée-nation, celle de la Prusse. L’efficacité de soldats quasi-professionnels s’effondre. S’opère alors un ralliement de la nation à l’obligation personnelle de servir la nation. L’armée doit être l’expression du patriotisme et l’outil de la  » revanche « . En 1872, une nouvelle loi décide de supprimer le remplacement.

Cette méthode de conscription par tirage au sort fut supprimée par la loi du 21 mars 1905, sous le gouvernement de  » Maurice Rouvier « , qui institue le service militaire obligatoire pour tous les citoyens mâles pour une durée de deux ans, porté à trois ans par la loi du 7 août 1913. Seuls les inaptes physiquement y échappent. C’est I’époque où être réformé constituait un déshonneur et une quasi certitude de finir vieux garçon:  » Bon pour le service, Bon pour les filles »…en août 1914, il n’y aura que 1,5% de réfractaires.

La fête

Aussi à Le Breuil, comme dans beaucoup de régions de France, les jeunes gens qui viennent d’avoir 20 ans, célèbrent-ils publiquement le dimanche précédant le redoutable tirage au sort. C’est l’arrivée dans le monde adulte, et pour oublier le sort du destin. Destin qui va soit les séparer pour une longue période, soit les obliger à acheter chèrement le remplacement (pour ceux qui peuvent payer) soit leur permettre une exemption pour problème physique sérieux (qui une fois reconnu, les rend victimes de la moquerie du village). Ils passent une journée et une nuit à boire, à chanter et à danser. Après 1905 et la fin du tirage au sort le rite perdurera.

La fête des conscrits a les aspects d’une fête civique et républicaine, elle fait référence aux trois couleurs, au tambour, au devoir du citoyen… C’est également une fête de l’émancipation qui par ses aspects satiriques et irrévérencieux rappelle le carnaval et son symbolisme. Les conscrits incarnent le passage de témoin entre les générations. Les jeunes deviennent adultes et endossent de nouvelles responsabilités. La défense du pays et donc du village, leur incombe. La fête est également synonyme de déracinement, puisque bientôt il faudra quitter le  » pays  » et parfois même partir aux colonies. Cette transmission de  » pouvoir  » s’accompagne comme nous l’avons vu de fortes traditions. Les jeunes reproduisent les rites des classes précédentes. Les attributs militaires (bérets, clairon, insignes, cahier de chansons) s’héritent. Boissons, chants, défilés… permettent d’exorciser les craintes et de donner du courage aux conscrits.

Les conscrits
Les conscrits
De gauche à droite:

Debleds, Hutin Pierre, Achille Gaugé, Fernand Martin, Maurice Moutardier, Marcel Toubart
Lucien Boutillier,X , Cyrille Rondeau (assis), Pierre Brocard, Lucien Hoyon, Julien Prud’homme.

Voir monument aux morts :

Gaugé Achille 1894

Hutin Pierre 1894

Les conscrits
De gauche à droite:

Pierre Brocard, Lucien Boutiller, Julien Prud’homme, Maurice Moutardier, X, Cyrille Rondeau

Les conscrits
De gauche à droite

Debleds dit pépé, Levavasseur dit Lacagna, Henri Pierron, Eugéne Lévêque, Henri Pillet, Julien Brocard, Octave Boutillier, André Moutardier, Omer Prud’homme, Camille Moutardier, Jacques, Marcel Henri, Léo Moutardier.

Voir monument aux morts:

André Moutardier né 1893

Omer Prud’homme 1892

Pillet Henri 1893

Henri Pierron 1893

Eugène Lévêque 1893

Les conscrits
De gauche à droite:

Levavasseur dit Lacagna, Socrate Chennebenoit, Marcel Henri, Debleds dit pépé, X, X, X Henri Pillet, Camille Moutardier, André Moutardier, Etienne Moreau, Henri Pierron.

Voir monument aux morts

Pillet Henri 1893

Une curiosité…

Vue sur la campagne de Le Breuil À un kilomètre du Breuil, côté amont et presque au sommet du versant, se dresse une pierre immense dénommée «  la Pierre à un trou « . On voit, entre la route et cette pierre, un bouquet d’arbres : c’est la Haie des fées. D’après la légende, les fées portaient la pierre du coté d’Orbais pour la construction d’une église ou d’une chapelle ; la civière sur laquelle la pierre était placée venant à se rompre, la pierre a dû rester là. On peut penser que ces pierres à un trou étaient des tables de sacrifice. Elles ont pu servir de fermeture de dolmens ou de chambres sépulcrales et que le trou pouvait avoir deux significations : ou bien de permettre à l’âme d’aller et venir, ou bien de permettre aux vivants de nourrir l’âme, de même que les grecs faisaient couler du sang ou du lait dans les tombes de leurs héros ou leurs grands morts.

Histoire de Le Breuil

Histoire de Le Breuil

Le nom du village s’est écrit tantôt Breuil, tantôt Le Breuil en y ajoutant en Brie. Breuilsignifie bois taillis et spécialement petit parc attenant à une habitation.

Le château primitif était appelé Hautes Salles, dénomination qui porte à penser que ce château détruit par les anglais, vraisemblablement vers 1420 avait été la demeure d’un chef mérovingien.

Le château a été reconstruit près de l’église, au XVe siècle probablement dans Le Breuil ou le parc ancien. Sous Louis XIV il a été embelli par Antoine Le Grain qui y a fait établir de vastes jardins et jets d’eau.

La marieLes restes de cette habitation sont occupés actuellement par la mairie. Le bâtiment à l’angle de la rue principale et de la route d’Orbais dit « le Carcan » indique bien un lieu d’exécution de la justice du lieu. Il y existait une plaque de cheminée portant les armes des de Gomer.

Les fiefs de Fransanges, de Meilleraie, des Hautes Salles et de L’huysfaisaient partie de la seigneurie du Breuil.

En 1789 La terre de Meilleraie était possédée par Roux du Breuil, seigneur de Verdun, commandant de Malte

Les biens du dernier seigneur Le Noir ont été confisqués à la Révolution par suite de l’émigration de son fils unique.

Autres personnalités de Le Breuil

Personnalités de Le Breuil

Les seigneurs connus appartenaient aux familles de Moret, de Gomer, de Briançon, de Janson Forbin, Le Grain, de Pracontal et Le Noir.

  • 1261: Thomas de Moret.
  • 1494: Charles de Gomer.
  • 1545: Christophe de Gomer.
  • 1571: Charlotte de Marle ayant garde de ses enfants.
  • 1602: François de Gomer.
  • 1650: famille de Janson-Forbin.

la seigneurie du Breuil a pris le titre de marquisat.

  • 1680: Antoine le grain, marquis du Breuil.
  • 1704 (?) : Louis Le grain marquis du Breuil.
  • 1747: Fléonor de Pracontal, marquis de Pracontal, lieutenant de la province de Nivernais
  • 1666-1789: Le Noir Jacques-Joseph,  » seigneur du marquisat du Breuil « , chevalier d’honneur du roi, conseiller et trésorier général des bonnes œuvres, aumônes et dévotion de Sa Majesté Charlotte de Marle, son épouse se retira à Luzancy, où l’on voit sa sépulture dans l’église.

Une personnalité: Chistophe de Gomer

Seigneurs et familles de Le Breuil

À cette époque, le titulaire de l’abbaye d’Orbais était un cousin de Gomer, Nicolas de la Croix, ambassadeur en Suisse du roi Charles IX. Malgré leur parenté, à la suite de différends motivés par des questions d’intérêt, ces deux hommes se vouèrent une haine mortelle.

L’abbaye d’Orbais a toujours revendiqué certains droits sur le Breuil, et possédait sans contestation, le prieuré et la petite terre de Saint-Germain et une redevance annuelle de 116 boisseaux de froment et de 116 boisseaux d’avoine. Elle s’est vue confisquer la seigneurie de Fransauge par Christophe de Gomer.

Ce dernier avait embrassé la religion protestante, il était dévolu à Louis de Bourbon, dont il était le vassal pour la terre de Luzancy près de La Ferté-sous-Jouarre.

Des mémoires accusent Gomer d’avoir incité les troupes calvinistes, commandées par le prince de Condé, à piller le couvent d’Orbais. Ce qui est certain, c’est que Christophe de Gomer fut tué, en 1571, dans le château abbatial, de la main ou sur ordre de l’abbé Nicolas de la Croix.

Le drame est ainsi conté dans une pièce déposée en 1662 au siège présidial de Château-Thierry, copié par Don du Bout.

Le corps de Gomer fut transporté au Breuil. On raconte, et ce récit reste vivace dans l’âme du peuple de cette région, que sa veuve, Charlotte de Marle, chaque soir, à l’heure de la prière, devant les vêtements ensanglantés de son mari, faisait jurer à ses enfants de venger leur père.

Sans doute pour échapper à cette vendetta, de La Croix retourna en Suisse, mais le 22 juillet 1577, alors qu’il rentrait à son abbaye, il fut assassiné, à la descente du village de Verdon, près du cimetière, par Christian de Gomer qui le poursuivait avec 40 hommes de troupe.

Christophe de Gomer a été parmetier du roi, capitaine gouverneur de Reims, grand maître des Eaux et Forêts du duché de Château-Thierry, prévot de Chatillon-sur-Marne, et député de la noblesse aux états généraux de 1560.

La bataille de la Marne

La première bataille de la Marne

Contexte général.

Le 23 août 1914 la défaite semble inéluctable. Les armées alliées se replient épuisées et démoralisées après la défaite de Charleroi et de Guise. Le général Pétain qui vient de prendre le commandement de la 6ème division (5ème, 24ème, 28ème et 119ème Régiments d’Infanterie) a alors pour mission de retarder le franchissement de la Marne sur Dormans-Troissy afin que le mouvement de retrait des alliés se fasse en bon ordre. Le 3 septembre dans la nuit le 78ème Infanterie Régiment d’Osnabrück (Basse-Saxe) passe le pont de Try aidé par des renforts du 73ème et 91ème Infanterie Régiment qui prennent le relais.

Contexte local.

Le 4 septembre 1914 les troupes allemandes s’emparent de le Breuil.

Afin de retarder les troupes allemandes, les soldats français incendient les maisons à l’entrée du village au lieu dit le carrefour (une habitante restée sur place y a éteint les mèches) et font sauter le pont (les troupes allemandes démonteront les portes cochères de la maison Barras afin de passer à sec le Surmelin).

Les combats se poursuivent sur le haut du village.

Les Allemands ayant passé la Marne à Château-Thierry, dont le pont n’avait pu être détruit, tentèrent de surprendre l’arrière d’un convoi français qui se trouvait arrêté par l’encombrement de la route, au lieudit  » La Petite-Forêt « en direction de Verdon. Des échanges de tirs eurent lieu entre soldats allemands ayant ouvert des meurtrières dans les murs des jardins du haut du village et soldats français se repliant en direction de Verdon. Plusieurs morts parmi les soldats français.

Un premier combat eut lieu près de Verdon, à 8 heures du matin, entre ces Allemands et des tirailleurs algériens qui défendirent le convoi, lequel put être sauvé, moins quelques voitures qui furent incendiées. L’ennemi, traversant rapidement les bois de Genlis, attaqua vers midi les 24ème et 28ème de ligne (les pertes du 24ème sont les plus élevées) avec leurs réserves, et le 22e d’artillerie qui attendaient depuis le matin sur les hauteurs dominant La Ville-sous-Orbais.

Voir bataille des Thomassets. Une ambulance fut installée au Breuil occupant l’église l’école et les maisons voisines afin d’y loger les personnels soignants. Les blessés ont été étendus sur la paille aussi bien dans l’église, que dans l’école y compris sous le préau.

Contexte général.

Le 6 septembre, le Général Joffre vient de donner l’ordre de passer à la contre-offensive, surprenant l’envahisseur.

Ainsi, sous la résistance héroïque des français, un renversement de situation s’opère avec une rapidité incroyable. Les allemands sont même amenés dès le 8 à reculer progressivement vers le nord, seuls les marais de Saint-Gond resteront indécis jusqu’au 9.

La détermination de Joffre et celle de Foch portent leurs fruits, c’est au tour des Allemands de se replier de toutes parts.

Contexte local.

Extrait des  » Carnets de guerre « , d’Albert Thierry, soldat 28e R.I. 5 cie, édités par La Grande Revue en 1917 et 1918.

Mardi 8 septembre 1914

A peine le café pris, un officier allemand arrive ; il nous dit qu’on vient nous chercher pour nous conduire au Breuil. Il me parle des cruautés belges et turcotes, mais pas françaises, souhaite la fin de la guerre, me dit que ma façon de ne pas répondre a beaucoup plu au colonel. Puis arrive le conducteur de l’auto. Je demande à la Supérieure la permission de l’embrasser, elle me regarde une seconde, et puis avec une espèce d’effort et d’enthousiasme elle dit :  » Je veux bien !  » Chère douce grand’mère, toute joyeuse et toute simple. Je serre la main des autres sœurs, de Jeanne, de Blanche. Mais les Allemands nous pressent et nous tassent à trois dans l’auto, et en route !

En route par Orbais et ses pauvres maisons pillées, par une campagne jaune aux grands plissements, couverte de soldats et de voitures, sous un ciel sans pluie mais gris et chargé, nous arrivons au Breuil et nous nous arrêtons sur la place de l’église.

A peine arrivé j’entre dans ma mission : je sers d’interprète aux Français et de tête de turc aux Allemands. Mais cette fois je me défends mieux et, sans les faire plier, car la force est imployable, je leur mets le nez dans leur injustice.

Nous ne voulions pas la guerre. Vous ne vouliez pas la guerre. Nous avons dû. Vous avez dû. (Wir müsen und Ihr müsset. S’ils ne m’ont pas dit cela cinquante fois, ils ne me l’ont pas dit une.) C’est votre devoir, c’est notre devoir. Vous défendez votre partie, et nous défendons la nôtre. – En attaquant celle des autres, dis-je.

Ces imbéciles de Belges ! A présent toute la Belgique est allemande, Anvers aussi, ou ça ne tardera pas. Et penser que ces stupides Belges n’avaient qu’à rester neutres ! Je m’acharne à leur expliquer que laisser passer l’armée allemande, ce n’était pas un acte de neutralité, mais un acte d’alliance, donc d’hostilité envers la France, ils refusent absolument de comprendre. D’ailleurs ils disent que les Français avaient violé la neutralité les premiers, et qu’il y avait des officiers français à Liège. Leur sottise me désarme. J’en trouve enfin deux pour reconnaître qu’ils ont violé la neutralité belge et qu’ainsi la faute en est aux Allemands s’ils se défendent par tous les moyens ; et dans l’excès de la surprise je leur serre la main.

A qui la faute dans la guerre ? A Delcassé (1). – Sans doute Delcassé devait-il travailler pour l’Allemagne. – A la Russie. – Sans doute la France devait-elle abandonner la Russie ; est-ce que vous avez abandonné l’Autriche ? — Perfidie du tzar, perfidie de l’empereur. – Tous les peuples contre l’Allemagne parce qu’ils sont envieux. – Non, dis-je, mais parce que l’Allemagne est injuste.
Injuste ? – J’appelle injustice cette habitude allemande de ne faire appel qu’à la Force. Qu’est-ce que 70 ? la force. L’Alsace-Lorraine voulait rester française. -Réponse textuelle : c’est ça qui nous est égal ! – Je le sais bien !

Ils se rejettent sur l’histoire ; un pédant apporte Charlemagne : je le bats sur la Lotharingie. Louis XIV : je le bats sur les Trois-Evêchés et sur Mulhouse. Et d’ailleurs que nous fait la volonté inconnue de tous ces morts, alors que nous avons devant nous, bien claire, la volonté des vivants ? Voulez-vous la respecter ? Les peuples s’appartiennent-ils à eux-mêmes, ou sont-ils la proie obligatoire des forts ? Jugez. Tant que vous serez les plus forts, vous aurez raison. – Bref, le point de vue de la France est infaillible ? – Non, elle a fait aussi des fautes. Mais enfin elle a cherché la justice et vous n’avez jamais cherché que la force. – Jamais l’Alsace-Lorraine ne redeviendra française. – Eh bien, tâchez d’être vainqueurs !  » Ça les fait rire, ils le sont déjà. Ils sont devant Paris, ils vont le bombarder avec des mortiers et des projectiles de seize cents kilos (ah, zut !) à moins d’une indemnité de vingt-cinq milliards.  » Quelle honte si les Français laissent bombarder Paris ! – Je fais répéter ça : honte pour qui ? Honte pour les Français ?  » Les bras m’en tombent, je ne discute plus avec ces voleurs et ces idiots.

Enfin, c’est bien les mots qu’il faut : voleurs puisqu’il leur faut vingt-cinq milliards ; et idiots enfin, idiots d’une idiotie érudite, d’une sottise critique, je me risque à dire : protestante. (Cependant approfondir ça ; rester juste. N’oubliez pas la vieille maxime de 1905 : les Allemands croient comme des brutes à la réalité du monde intérieur).

Leur bassesse et leur inhumanité me firent peine ce jour-là, parce que je me mis tout de suite dans l’église à servir les infirmiers allemands en traduisant leurs questions et leurs conseils, et en allant chercher pour tous toutes sortes de choses : de l’eau surtout, des pommes, des bouteilles pour uriner, de la paille, enfin tout et tout simplement.

Je vis quelques affreuses blessures, des jambes percées, sanglantes, purulentes, couvertes d’énormes bandages ; des bras cassés, avec des attelles en bâtons et de gros paquets d’ouate ; des poitrines abîmées : balles, un petit trou net ; d’éclat d’obus, un trou ovale pareil à une profonde brûlure ; coups de baïonnette, une plaie rectiligne et suintante. Tout ça, dans la paille, mon Dieu ! dans le transept, dans le chœur, dans quelques stalles enfin, parmi les eaux et les excréments.

Voici les deux plus terribles.

Un garçon de l’active, ou tout jeune de la réserve, une balle dans chaque cuisse, une dans le pied, une dans le cou, immobilité presque absolue, exigences perpétuelles et à peine un merci (enfin un prodige d’égoïsme) hélas ! il me prie… mais non, je ne puis pas écrire ça. Tu te rappelleras toute ta vie cette chair noire où grouillaient déjà des vers…
Baudoin arrive dans une petite carriole, les bras étendus et les mains tâtonnant l’air, il a reçu dans la tempe une balle qui lui a fait sauter les deux yeux. Sauter : ils sont complètement hors de l’orbite et gros comme deux gros escargots. L’un complètement nu, tout sanglant, la pupille collée dessus comme une petite lentille verte ; l’autre habillée de deux ou trois chiffons abominables ; il a une morve de sang sous le nez, et une bave de sang aux commissures. A peine l’ai-je regardé que je me mets à pleurer. O Justice, voilà donc quelle guerre nous menons pour vous !
Le soir, à la lueur de deux cierges, qu’elle était triste cette église blanche, abîmée et presque en ruines ! Une seule nef avec un plafond en bois et la voûte ne reprenant qu’au transept ; un seul bas-côté sur la gauche avec une pauvre chapelle à Saint-Joseph où gisaient dans la paille trois Français et un Allemand, celui-ci instituteur, avec une balle dans le ventre ; avec ses gros piliers blancs, son pauvre chemin de Croix aux figures fades, l’autel déchiré entre ces beaux vitraux du Père et de la Vierge, la sacristie pleine d’édredons, de matelas, de paille, et de chair généralement silencieuse et parfois gémissante.

Mercredi 9 septembre 1914

Le lendemain, infirmier, interprète, je travaille assez bien, n’ayant à me reprocher que quelques impatiences, ou bien contre ceux qui m’appellent tandis que je m’occupe des camarades, ou bien contre ceux qui réclament pour eux tout seuls ce que je donne à tous.

Mais une aide bien plus pure me remplace : vingt sœurs allemandes arrivées dans la nuit sous la conduite d’un jeune père franciscain. Elles ont une jupe noire, un tablier bleu à bavette, un brassard de la Croix-Rouge, et un joli bonnet tuyauté qui blanchissant leurs figures âgées et diverses, les rend toutes jeunes et toutes semblables.

Comme elles travaillent ! elles balaient, refont les lits, replacent la paille, changent et lavent les malheureux qui se sont salis malgré eux comme de misérables enfants, récurent notre hideuse vaisselle, trouvent à manger dans la cuisine allemande et dans le village dévasté ; tout cela sans gaieté, mais sans tristesse, sans aucun signe, et peut-être sans aucun sentiment de dégoût, d’un cœur visiblement humble et pur, et parfois avec ce même sourire, si serein, si charmant, de la Supérieure d’Orbais.

Je les aide, je vais chercher des pommes, des poires, des prunes, de l’eau, et quand on n’a pas besoin de moi je me retire dans mon petit domicile, la première stalle à gauche en entrant, où je lis des psaumes et des hymnes dans un antiphonaire que j’ai pris parmi plusieurs autres.

L’après-midi, le major allemand vient nous panser ; il est attentif, mais rapide et un peu brusque ; il ne choisit pas des Français ou des Allemands, mais des plus gravement blessés.
Le sergent-major est guéri ; la balle dans le pied souffre beaucoup ; on ouvre encore ce pauvre membre purulent ; je fais soigner le pauvre Aubert qui a reçu une balle dans la bouche et constamment bave. Pauvre figure longue et rouge, aveugle, enveloppée de linges sanglants ; pauvre corps perdant toujours l’équilibre et débiroulant de sa paille. Une grosse jambe terriblement enflée ; le major l’ouvre d’un grand coup de bistouri. Le camarade ne dit pas un mot.  » Comme ils sont braves !  » disent le major et les sœurs…

Le pauvre Portier, qui a une balle dans le cou, la joue toute enflée, une pneumonie par dessus le marché, et qui constamment grogne :  » A boire !  » ou :  » De l’eau !…  » On lui en donne, il se met à tousser misérablement, il étouffe et ses yeux tournent. – Il est marié.

Le major fait mettre les blessés les plus gravement dans des voitures et elles s’en vont. Puis les Allemands qui peuvent marcher sont appelés, mis sur des autos et partent, me dit-on, pour Laon, avec les médecins mêmes. Puis les soldats aussi s’en vont (Beiden Deutschen gibts kein Zurück !)

Néanmoins ils fichent le camp, disant que les Français reviennent avec des forces supérieures. Nous restons seuls avec les sœurs et le franciscain. Il est indigné, il me dit qu’il fera un rapport sur la conduite de ces médecins. Le canon qui tonne depuis ce matin se rapproche. Il a peur et du canon et du mauvais traitement des Français ; je le rassure.

Soir étrange ! Rien à manger, les sœurs se donnent un mal de chien pour nous trouver un peu de pain et de lard. Je m’en vais chercher des pommes encore. Le canon va d’une crête à l’autre, dépassant les maisons du Breuil ; vibration nerveuse de ce cher 75, grondement épaté de l’artillerie lourde ; je ne me décide à quitter mon pommier qu’en voyant l’éclair et l’éclat d’un obus au-dessus de l’école.

Attente dans la nuit. Cierges dans l’église. Les ogives qui font des gouffres blancs. Le pauvre Portier qui tout le temps aboie :  » De l’eau ! de l’eau  » Vers minuit, les sœurs viennent me réveiller, car la fusillade a succédé au canon. On a l’air de se battre aux deux bouts de la grande rue… Vers le bas, les coups violents et noirs du fusil allemand, en haut les décharges plus minces des nôtres. Je leur dis que ce n’est rien du tout, mais je m’assieds dans le transept avec elles.

Le pauvre Portier est mort. Elles lui ont couvert le visage. Je me rendors, d’abord auprès d’elles sur ce petit blanc, ensuite dans la paille de ma stalle.

Vers quatre heures du matin, de loin, cris confus : Qui vive ? – France ! – Je me réveille, je cours à la petite porte, et là nous trouvons un sergent du 36e (1) qui nous dit que sa compagnie a repris le village et que de grandes forces vont descendre des hauteurs de Montmirail.

Seigneur, quelle joie ! Non seulement libres, dispensés de retourner en Allemagne, restant auprès des nôtres, mais encore, enfin ! enfin ! prenant l’offensive ; enfin ! commençant la victoire !
Les sœurs émues, accourent ; des troupes arrivent et passent.

Jeudi 10 septembre 1914

Les régiments français défilent à l’aube : le 84e, le 1er, le 2e de ligne, le 15e d’artillerie. Nous les regardons défiler du terre-plein de l’église, quelques Allemands et moi.
Un soldat enlève son casque à mon voisin, à qui les larmes viennent aux yeux instantanément. Nous protestons, l’officier donne un ordre, et ce gaillard penaud rapporte le casque. Mais les blessés et les autres se rattrapent, ils dévalisent tout ce qui reste dans le village, casques, bérets, sacs, baïonnettes, bidons, musettes… Beaux trophées, Seigneur ! Cet abus de la victoire me dégoûte, je m’éloigne… On vient me chercher comme interprète et témoin de l’abattage d’une vache.

Pauvre vache dans cette pauvre petite ferme ! une génisse d’environ six mois. Un coup de hache sur la nuque (c’est un coucher allemand), elle s’abat en agitant ses pauvres pattes. Puis il lui scie le cou avec un couteau à virole, et il la laisse saigner en appuyant son genou sur le cou : l’œil de cette pauvre bête, une des choses les plus tristes que j’ai vues, aussi triste que les yeux de Baudoin l’aveugle ! De temps en temps, il élargit la plaie, c’est un grand trou carré, la trachée palpite, le sang ruisselle dans le fumier. Enfin elle meurt, alors il l’écorche ; la peau enlevée à petits coups, paraît une chaire rosée, aux colorations admirables, toute cette misère enfantine et pure des organes…

Avant cela, on avait transporté le pauvre Portier tout froid, huileux et jeune, avec sa joue enflée, dans un petit bâtiment rouge servant d’asile de nuit. J’ai pris sa médaille, mais je l’ai perdue à Montmirail. Et aussi, à côté de lui, un Allemand mort, l’air très bon, les yeux ternis mais refusant de se fermer. Et à côté d’eux, dans le bâtiment de la pompe, un autre Français devenu fou furieux et qu’il faut attacher avec des courroies de charge, malgré des cris terribles… O Homme ! ô Prométhée !

Je m’en retourne dans mon coin, lire mon antiphonaire. Psaume 139 : Eripe me, Domine, ab homine malo ; a viro iniquo, eripe me ! que je traduis ainsi :  » Seigneur, arrachez-moi de l’Homme  » C’est la prière de Tantale, hélas si vaine !

Las, pris d’un peu de fièvre, à moitié je m’endors tout frissonnant, dans un banc de l’école. La sœur m’envoie auprès d’un lieutenant qui est lui aussi oberlehrer, bras cassé, et d’un capitaine, une balle dans la cuisse, qui voudrait conserver son sabre d’honneur.

Vers le soir enfin arrivent les majors français ; arrive un général directeur du service de santé, et un officier que je conduis encore au capitaine, – mais, mon Dieu, la tête me tourne. Puis dans l’affreuse soupente, voir un diphtérique bien jaune, un typhique à isoler, la misérable misère humaine. Je distribue encore un peu d’eau et je me couche dans ma paille avec le frisson de la fièvre et la tête brûlante. Malgré la nuit, les majors pansent, vite et brusquement ; aussi l’église se remet à gémir.

L’aumonier catholique passe sans me remarquer ; je vois sa silhouette dans les autres stalles, ce fantôme noir, sa lanterne, sa voix à tuer le sommeil, le discours toujours le même qu’il faisait à chaque blessé :  » Bonsoir, c’est l’aumônier catholique qui vient te voir. Bon courage. Si tu te sens mal ou si tu es blessé quand tu y retourneras, tu n’as qu’une chose à faire : un bon acte de contrition, et tout ira bien, le bon Dieu ne t’abandonnera pas. Bonsoir !  » Je me renfonce dans mon mouchoir pour ne pas l’entendre.

Une triste lumière errante sous ces arcades, ces voûtes pleines d’une ombre triste et d’une lugubre blancheur, et les sœurs m’avertissent qu’un autre Allemand est mort… Accablement de la tristesse et de la fièvre.

Vendredi 11 septembre 1914

On dit qu’on va nous évacuer, puis on s’en dédit. Personne ne sait. Soldats et officiers défilent toujours, voitures, canons, bateaux pour les pontonniers.

On ampute un bras, on panse. La voiture d’ambulance arrive. On déploie la tente au-dessus aussitôt, et là-dedans on soigne les plus malades.

Plaintes des habitants : les Allemands ont démoli les maisons pour le plaisir ou pour faire des meurtrières, cassé tout ce qu’ils n’emportaient pas, et tout comblé d’ordures. Enfin ordre de partir. Un lieutenant fort sot et fort criard fait garder l’église baïonnette au canon ! il fait fouiller les prisonniers. Quelques-uns en pleurent, mais la plupart restent serviles.

Mais nous ne partons plus. Nous quittons l’église et nous installons au bureau de tabac. Sur des tables, dans la paille, parmi les miroirs cassés et les casiers dévastés. Je m’en vais dire adieu aux sœurs.  » Wie schade !  » s’écrient-elles. Plus tard, elles veulent s’occuper de nous trouver à manger et elles nous l’apportent.

Samedi 12 septembre 1914

Départ ni le soir ni la nuit. Réveil au froid matin. Je sors ; j’entre dans la boutique Mauroy, épicerie, mercerie et liqueurs, composée d’une quantité de casiers appliqués aux murs. Les Injustes ont absolument tout vidé et tout traîné par terre dans un désordre absurde.

J’emmène à l’église un Allemand, main cassée, qui a peur de la gangrène, et à qui j’avais promis qu’on le panserait la veille. Le major consent à refaire le bandage, mais me dit de ne plus amener personne. Hélas ! toute cette horreur est si grande…

Je m’assieds sur un bout de bois, je lis des psaumes.

Enfin arrivent les autos. Attente au marchepied de la dernière voiture. Une petite fille en bleu aux beaux cheveux longs nous dit adieu. Adieu, église du Breuil, pommier sous la mitraille, campagne d’Alsace !

L’église de Le Breuil

L’église Saint-Martin de Le Breuil

L'église St Martin de Le BreuilL’église Saint Martin de Le Breuil comprend une tour carrée recouverte d’ardoises percée d’arcs géminés et surmontée d’un clocher couvert d’une toiture en sifflet.
La nef en partie romane est du 12ème siècle. Le bas-côté sud a été supprimé. Le transept et le chœur ont été rebâtis au début du 16ème siècle et voûtés d’ogives.

L’église du Breuil possède une chaire à prêcher de style Louis XV 17ème siècle. Autrefois cette chaire à prêcher était ornementée d’une colombe (disparue lors des événements de 1914).

Deux tableaux non signés, l’un représentant Saint Martin (Photo 062) partageant son manteau, l’autre une Assomption (Photo 083) ; ce dernier porte les armes d’une couronne de marquis accostées de deux licornes : d’argent à trois merlettes de sable. Les dossiers des bancs du chœur, en boiserie, présentent quinze médaillons d’une sculpture remarquable de la première période de la renaissance (Photos 74,75,76,77) ; pas de sujet religieux, ce sont des figures de jeunes filles, de femmes, d’hommes, de guerriers. Dans le transept se trouvent des vitraux du 16ème siècle qui illustrent des scènes de l’évangile (Photos 63,65,66,035,040).

Chaire à prêcher
Chaire à prêcher
porte réservée aux habitants du château du Breuil
porte réservée aux habitants du château du Breuil
St Martin
Tableau Saint Martin partagant son manteau
dossiers des bancs du choeur
dossiers des bancs du choeur
Banc d
Banc d’oeuvre
dossiers des bancs du choeur
Dossiers des bancs du choeur
dossiers des bancs du choeur
Dossiers des bancs du choeur
Vitraux Vitraux
Assomption
Tabeau représentant l’Assomption
Vitraux Photo 40
vitraux du transept représentant des passages de l’evangile

Gomer Gisant de Christophe de GomerL’église possède un gisant représentant Christophe de Gomer (16ème siècle) (Photo 67)

 

 

 

 

 

L’église possède également un banc d’œuvre face à la chaire.(Photo 68) : banc d’église autrefois réservé aux membres du conseil de fabrique de la paroisse.

Vers 1875, le sacristain constata que, lorsqu’il sonnait les cloches le pavage de l’église remuait sur une certaine surface. On fit des fouilles et l’on découvrit une pierre tombale représentant en relief et presque grandeur naturelle, un chevalier du XVIe siècle les mains jointes et la tête reposant sur un coussin très vraisemblablement, on pense que cette statue est celle de Christophe de Gomer.

L’église possédait autrefois une statue de la vierge à l’enfant (16ème siècle) exposée au musée de Cluny. Le conseil de fabrique (1) vendit la statue au prix de 300 francs à un marchand d’antiquités. Il vendit également 600 francs à M Gaston de S., riche amateur de la contrée, une vierge en marbre blanc connue sous le nom de : la Vierge de Breuil. Ces deux ventes firent grand bruit dans la presse départementale et dans la presse parisienne.
Louis Courajod avait examiné les statues et n’hésita pas à déclarer qu’elles furent réalisées par de grands artistes. Les experts lui attribuèrent une grande valeur : on parla de 10 000 francs. L’imagination aidant on tripla, quadrupla, quintupla la somme et la commune allait devenir riche. Le conseil municipal revendiqua la propriété des deux statues. Gomer encombrait son nouveau propriétaire qui le renvoya par chemin de fer franco de port
Le pauvre chevalier amputé de ses deux bras prit place dans un coin de l’église. M Gaston de S. fut moins débonnaire ; il obtint contre le conseil municipal un procès qu’il perdit en instance, puis en appel, la statue fut rendue, mais les richissimes amateurs ne se présentèrent pas. L’affaire se termine par un décret du 9 février 1887 autorisant le conseil municipal à accepter l’offre de l’administration des beaux-arts. La vierge est acquise au prix de 4000 francs (3/3 pour la commune 1/3 pour la fabrique) et est placée au Musée de Cluny dans une salle du rez-de-chaussée, où sont exposées les dentelles et les broderies, ainsi que des tapisseries de l’Histoire de David.

La cloche du Breuil fut fêlée le 22 mai 1892, jour de la première communion de 27 communiants et 5 renouvelants. L’office a été dit par M l’abbé Jardin (Dernier curé du Breuil). Elle fut remplacée et baptisée le 14 spetembre 1933 en présence des autorités civiles et religieuses.

L’église du Breuil est inscrite au recensement immeuble des monuments historiques par arrêté du 10 janvier 1986.

Nota (1) : La fabrique, au sein d’une communauté

La Vierge de Le Breuil

LA VIERGE DE LE BREUIL

 

La marieL’église possédait depuis le 16ème siècle une statue de la Vierge et l’Enfant placé sur un piédestal, scellé au mur au moyen d’une barre de fer.

Cette statue en marbre blanc, connue sous le nom de la Vierge de Breuil, fut vendue en 1875 par l’abbé Cordelat, curé de Le Breuil, et le Conseil de fabrique (1) pour la somme de 600 Francs à M. Gaston de Salverte, riche amateur de Mareuil en Brie.

Cette vente fit grand bruit dans la presse départementale, mais également dans la presse parisienne (article paru dans la  » République Française  » alors dirigée par Léon Gambetta).

Louis Courajod, futur conservateur du Musée du Louvre qui examina la statue, n’hésita pas à déclarer qu’elle avait été réalisée par un grand artiste. Les experts lui attribuèrent alors une grande valeur : on parla de 10 000 Francs.

Le conseil municipal en revendiqua la propriété et demanda à poursuivre le Curé devant les tribunaux. M. Gaston de Salverte obtint contre le Conseil Municipal un procès qu’il perdit en instance (Jugement du 1er juin 1877 par le Tribunal Civil d’Epernay), puis en appel (Jugement du 13 mars 1880 de la Cour d’Appel de Paris).

M. Merlay, au nom de Monsieur de Salverte tenta alors de racheter la statue à la commune de Le Breuil. Le conseil municipal demandant la somme de 8 000 Francs, M. Merlay n’en proposant que 4 000, le conseil municipal refusa cette proposition et demanda alors une expertise pour en estimer le prix.

Par décision du 6 mars 1883, le ministre de l’instruction publique et des beaux arts, Jules Ferry, décide de procéder à la réintégration de la statue de la Vierge, ce qui fut fait le 13 avril 1883. Les frais occasionnés par cette affaire s’élevant à 1 327 Francs, le Conseil Municipal demanda alors au ministre d’aliéner la statue pour les collections de l’état.

Le 10 mai 1883, le directeur des beaux arts en offre 4 000 Francs et la statue sera finalement vendue après que le ministre ait donné son autorisation le 30 octobre 1883.

Par décret du 9 février 1887 signé par le Président de la République Jules Grévy, la statue de la Vierge est confiée au musée de Cluny.
(Synthèse d’un article paru dans un numéro d’Entre Nous de 1973)

En 1962, sous l’impulsion d’André Malraux, les collections du musée de Cluny sont scindées en deux parties, l’une correspondant à la période antiquité tardive et moyen âge, et l’autre consacrée à la Renaissance.

L’ouverture du Musée national de la Renaissance, au Château d’Ecouen (dans l’actuel département du Val d’Oise) date de 1977. C’est donc à ce moment là que la Vierge de Le Breuil y fut transférée.

Elle y est actuellement exposée au rez de chaussée en salle des sculptures.
La statue de la Vierge de Le Breuil mesure environ 85 cm de hauteur. La vierge tient l’enfant dont le dos est appuyé dans le repli de son bras. Elle est vêtue à la façon des femmes appartenant à la noblesse du 16ème siècle, d’un bustier effaçant la poitrine, d’une robe de dessus et d’une robe de dessous, plus longue que la précédente, très élargie à la taille et tombant jusqu’au sol. Contrairement aux vêtements ornés de broderies de la Renaissance, le tissu est sobre. Elle porte un foulard noué autour du cou de façon à masquer le décolleté carré des bustiers de l’époque. Au niveau des poignets, nous pouvons voir des bombardes qui sont des volants retombant sur les mains. On peut apercevoir les pointes de ses chaussures à bouts ronds conformément à la mode florentine de cette époque (fortes influences de la mode italienne suite aux campagnes guerrières de Louis XII et de François 1er). Les robes sont ceinturées par un ruban. La Vierge est couverte d’une coiffe portée en arrière. Elle est également revêtue d’un manteau aux larges et sobres lignes qui contrastent avec les plis cassés des robes. L’enfant est soutenu par son bras gauche tandis qu’elle tient dans sa main droite un chapelet et un objet qui ressemble à un éventail. L’enfant, quant à lui, est vêtu d’un manteau ouvert sur le devant qui laisse apparaître sa nudité potelée. Son cou est orné d’un collier de perles où est attaché un grelot.

Copie de la notice du musée d’Ecouen :
La Vierge et l’Enfant (1520-1540) (référencée aux musées nationaux Ecouen Cluny sous le n° ECL 11662) en marbre est à rapprocher d’un atelier troyen actif au cours du deuxième quart du XVI ème siècle. On le reconnaît au choix de matériaux précieux, à ses visages ovales au front bombé, aux yeux légèrement bridés, aux longues mèches de cheveux ondulés. Provenant de l’église de Breuil sous Orbais (Marne) (2), ce joyau de la sculpture champenoise conserve quelques traces de dorure.

Le Breuil ne peut que s’enorgueillir d’avoir commandé une telle œuvre afin d’orner son église et qui témoigne en autres du sens artistique développé de nos ancêtres Breuillois.

Nous pouvons regretter que celle-ci ait quitté notre commune, sans pour cela blâmer le conseil municipal de l’époque qui a préféré la céder aux collections nationales plutôt que la vendre à une collection privée, ce qui nous permet de l’admirer aujourd’hui librement.

Je profite de cette occasion pour suggérer au conseil municipal actuel de relancer l’idée d’obtenir auprès du conservateur du musée d’Ecouen une copie de cette magnifique statue pour qu’enfin tous les habitants de la commune puissent admirer ce  » joyau de la sculpture champenoise  » sans pour cela faire le déplacement au musée d’Ecouen, musée fort beau par ailleurs, que je vous encourage à aller visiter.

  • (1) Conseil de fabrique : La fabrique au sein d’une communauté religieuse catholique désigne l’ensemble des personnes nommées pour assurer l’administration de fonds pour la construction et l’entretien des édifices religieux.
  • (2) Breuil sous Orbais : À la révolution, Orbais était chef-lieu de canton. Bien que Le Breuil soit déjà rattaché au canton de Dormans au moment de la vente, le nom Breuil sous Orbais subsistait encore à cette époque.

Le monument aux morts

Le monument aux mort

Aux enfants du pays morts pour la France 1914-1918

Il est situé sur la place Saint Martin près de l’église, de la mairie et de l’école, face à la rue principale du village. Il est orné sur son sommet d’un coq. Le coq est la figure de la résistance et du courage français. Il est le symbole d’une France aux origines paysannes, fière, opiniâtre, courageuse et féconde. Sur la face du monument se trouve une branche de laurier est une référence à la victoire, ainsi qu’une phrase de dédicace. Sur le coté droit un motif représente un glaive et un casque unis dans une couronne de chêne et d’olivier. (Photo 002). Le glaive est un symbole guerrier de la puissance, le casque est synonyme de protection. Le chêne représente la sagesse et la force et l’olivier est un symbole, de victoire, de paix et de réconciliation, de longévité et d’espérance. Le chêne et l’olivier réunis évoquent de la France du nord et de la France du sud unies dans la victoire.Noms inscrits au monument aux morts de Le Breuil (par année et par ordre alphabétique):

1ère Guerre mondiale

Année 1914

Boutillier Valery, Ernest Voir la fiche

  • Date de décès : à l’hopital militaire de Verdun (55) le 24 août 1914
  • Soldat 19e B.C.P., né le 5 janvier 1892 au Breuil
  • Décédé de blessures de guerre à l’hôpital militaire

Fournier Cyprien, Désiré Voir la fiche

  • Date de décès : 19 novembre 1914 à Elverdinghe (Belgique)
  • Soldat 153e R.I., né le 15 février 1891 au Breuil
  • Tué à l’ennemi

Jacques Edmond, Louis

  • Date de décès : 1914
  • Né le 1 mars 1891

Prud’homme Omer, Léon Voir la fiche

  • Date de décès : 29 octobre 1914 à Mouilly (55)
  • Sapeur mineur 9e Rég. de Génie Cie 6/1, né le 02/04/1892 au Breuil
  • Tué à l’ennemi

Pillet Henri, Etienne, Désiré Voir la fiche

  • Date de décès : 30 septembre 1915
    à Souain (51)
  • Brigadier 61e R.A. né le 2 septembre 1893 au
    Breuil
  • Tué à l’ennemi
Année 1915

Appert-Raulin André, Voir la fiche

  • Date de décès : 26 septembre 1915 à Souain (51)
  • Sergent 155 R.I, né le 31 octobre 1880 à Damery (51)
  • tué à l’ennemi à la ferme Navarin, instituteur à Le Breuil

Boutillier, Octave, Ernest Voir la fiche

  • Date de décès : 6 octobre 1915
    à Cuperly (51)
  • Caporal clairon 155e R.I, né le 31
    août 1890 au Breuil
  • décédé de maladie
    contractée au front à l’ambulance 3/7

Desbleds Albert, Eugène Voir la fiche

  • Date de décès : 20 juin 1915 au bois de la Grurie à Vienne le Château (51)
  • Soldat du 155e R.I., né le 03 août 1886 au Breuil
  • Tué à l’ennemi au bois de la Gruerie
  • Sépulture à Douaumont

Destouches Fernand Eugène Voir la fiche

  • Date de décès : 29 décembre 1915 à St Quay (22)
  • Soldat du 155e R.I., né le 02 novembre 1893 au Breuil
  • Décédé de maladie contractée au front à l’hôpital complémentaire n°59.

Achille Gaugé

Gaugé Achille, Alfred Voir la fiche

  • Date de décès : 12 mars 1915 à Vienne le Château (51)
  • Soldat 350e R.I., né le 29/10/1894 au Breuil
  • Tué à l’ennemi au bois de la Grurie
  • Inhumé au cimetière du Breuil (Photo 054)

Henri Gaugé
Gaugé Henri, Eugéne Voir la fiche

  • Date de décès : 23 mai 1915 à Neuville St Waast (62)
  • Soldat 153 R.I., né le 31 décembre 1891 au Breuil
  • Tué à l’ennemi
  • Inhumé au cimetière du Breuil (Photo 056)

Hubert Eugène, Albert Voir la fiche

  • Date de décès : 22 juillet 1917, plateau de la Californie à Craonne (02)
  • Soldat 41 B.C.P., né le 20 septembre1881 au Breuil
  • Disparu au Plateau de Californie.

Hutin Pierre, Christophe

  • Date de décès : 1915
  • Né le 23 mars 1894

Lallemant Arsène

  • Date de décès : 1915

Maurice Georges, Henri Voir la fiche

  • Date de décès 17 juin 1915 à St Ménéhould (51)
  • Soldat 100e R.I., né le 1er septembre 1894 au Breuil
  • Décédé de blessures de guerre à l’hôpital Chanzy

Maurice René

  • Date de décès 1915

Picard André, Léon Voir la fiche

  • date de décès 19 février 1915 aux Eparges (les) (55)
  • Soldat 106e R.I., né le 24 avril 1889 au Breuil
  • tué à l’ennemi

Pierron Henri, André Voir la fiche

  • Date de décès 21 septembre 1915 aux
    Eparges (les) (55)
  • Sapeur mineur 9e R. Génie Cie 25/6,
    né le 27 juillet 1893 au Breuil
  • Tué à l’ennemi

Vincent Charles, Albert

  • date de décès 1915
  • né le 01 décembre 1879
Année 1916

Bernard Henri

Fernand Charpentier

Charpentier Fernand, Émilien

  • Date de décès : 5 mai 1916 à Verdun
  • Caporal 154e R.I., né le 1er août 1890 au Breuil
  • Tué à l’ennemi
  • Inhumé au cimetière du Breuil (Photo 051)

Cousin Robert Basile Maurice Voir la fiche

  • Date de décès 10 mars 1916 à Verdun (55)
  • Canonnier conducteur 61e R.A., né le 29 avril 1894 à Dormans (51)
  • Tué à l’ennemi

Moutardier André, Albert Voir la fiche

  • Date de décès : 17 mai 1916
    à Verdun (55)
  • Soldat 94 e R.I., né le 09 novembre 1893 au
    breuil
  • Tué à l’ennemi

Sauvage René, Théophile Voir la fiche

  • Date de décès : 2 août 1916
  • Soldat 94e R.I., né le 30 novembre 1878 au Breuil
  • Inhumé par les autorités allemandes

Vincent Louis, Alphonse Voir la fiche

  • Date du décès 30 mai 1916
    à Chattancourt (55)
  • Soldat 306e R.I., né le 14 novembre 1878
    à Bergère sous Montmirail (51)
  • Tué à l’ennemi au Mort Homme
Année 1917

Fournier Julien, Alexandre Voir la fiche

  • Date du décès 24 août 1917 à Verdun (55)
  • Soldat 46e R.A., né le 14 juillet 1891 à le Breuil
  • Décédé de blessures de guerre à l’ambulance 6. Plaie pénétrante région parotidienne suite à l’éclatement du canon qu’il servait.
  • Inhumé à Douaumont

Lévêque Eugène dit Sylla Voir la fiche

  • Date du décès : 20/08/1917
    à Louvemont (55)
  • Sergent 154e R.I., né le 27 mars 1893 au
    Breuil
  • Tué à l’ennemi

Santé Eugène, Paul Voir la fiche

  • Date du décès 20 avril 1917 à Prouilly (51)
  • Soldat du 155 R.I., né le 22 novembre 1896 au breuil
  • Décédé de blessures de guerre à l’hôpital
  • Inhumé au cimetière du Breuil (Photo 053)

Sourdet Ernest Voir la fiche

  • Date du décès : 15 juin 1917
    à Château Thierry (02)
  • Caporal 355 R.I., né le 12 juin 1886 au
    breuil
  • Décédé de blessures
    de guerre à l’hôpital de l’Hôtel Dieu

Toubard George, Edmond

  • Date du décès : 16 avril 1917
    à Courlandon (51)
  • Soldat 65e B.C.P, né le 02 août
    1897 au Breuil
  • Décédé de blessures
    de guerre à l’hôpital d’évacuation 13
Année 1918

Lévêque Marius

  • date du décès 15/12/1918
    à Belleville (54)
  • Maréchal des logis 61é R.A.,
    né le 7 juillet 1888 au Breuil
  • tué en service commandé des
    suites de tamponnement en gare

Paulmier Emmanuel

  • date du décès 1918

Verneau Ernest Voir la fiche

  • date du décès : 17/10/1918 àGeorgesmarinhütte (Hanovre Allemagne)
  • Soldat 94e R.I., né le 7 avril 1890 au Breuil
  • mort de maladie en captivité (grippe espagnole),
  • Sépulture au Breuil (Photo)

1939-45

Prud’homme Tony

  • Date du décès : 10 octobre 1939 à Igny le Jard
  • Décédé accidentellement sur le route en retour de permission

Roulot Jacques

  • Date du décès :
    arrêté par les allemands le 14 juin 1944 en
    possession d’armes à Fransauge ou Romandie,
    déporté mort en captivité.

Sourdet Marcel

  • Date du décès : 16 mai 1940

Fournier Constant

  • Date du décès : 16 janvier 1941

Pougeois épouse Boutillier

  • date du décès : 12 mai 1940

Nota

B.C.P : régiment de Cuirassiers à Pied

R.I. : Régiment d’Infanterie

R.A. : Régiment d’Artillerie

Liste des vétérans de la guerre de
1870 de Le Breuil

  • Collet Hyppolite,
  • Chapuis Edmond,
  • Fournier Julien,
  • Grange Alexis,
  • Michet (dit le père) vraisemblablement un
    surnom.
inauguration du monument aux morts
L’inauguration du monument aux morts de Le Brueil